Le club de Veymerange est le seul, dans l’axe Metz-Thionville, à disposer d’une équipe de foot adapté qui s’entraîne chaque semaine. Photo RL
Le club de Veymerange est le seul, dans l’axe Metz-Thionville, à disposer d’une équipe de foot adapté qui s’entraîne chaque semaine. Photo RL

Cette section est unique dans le sillon Mosellan. Au CS Veymerange, une quinzaine de jeunes footballeurs souffrant de déficiences mentales s’entraînent avec une incomparable énergie. Nous sommes allés les rencontrer. Ils s’entraînent chaque lundi. Et jamais un ne manque. Deux ans que la section foot adapté a été créée au sein du CS Veymerange. Plus qu’un simple entraînement, dirigé par Jérémy Walin, c’est une respiration devenue essentielle dans le quotidien de ces jeunes gens souffrant de déficiences mentales. Ils nous expliquent pourquoi.

Le son mat du ballon malmené par les crampons, un coach qui s’égosille et des joueurs qui bondissent comme des diables sur le terrain synthétique de Veymerange. « Eh, lance Jérémy Walin, une passe, ça doit pas aller en l’air. Sinon, tu ne vas pas en gagner beaucoup, des matches ! » Pour l’exemple, le ballon est propulsé sous les pieds d’Aïcha, la capitaine. « Bien joué le contrôle ! » En guise de réponse, la petite brune dévoile une impeccable rangée de dents.

Un lundi soir comme les autres. Personne ne manque à l’appel. Après chaque séance, les maillots verts et les chaussettes seront engouffrés, trempés, dans les machines à laver et, comme à chaque fois, les joueurs n’auront en tête que le prochain entraînement.

Difficile, devant ces visages couverts de sueur de saisir ce qui fait la spécificité de cette équipe de foot. Elle est pourtant unique dans le sillon Mosellan. Les joueurs et la joueuse qui la composent souffrent d’une déficience mentale, mais sur le terrain, cette fragilité s’estompe, s’annihile même. « Ce sont des footballeurs, pas des jeunes avec un handicap », aime à nuancer Rachid Chebbah, président de la section foot adapté du CS Veymerange. Avec sa femme Josiane, ils sont à l’origine de la création de cette équipe qui a vu le jour voici deux ans, dans l’agglomération Thionvilloise.

15. C’est le nombre de joueurs qui évoluent dans l’équipe de foot adapté du CS Veymerange. La plupart sont scolarisés à l’IME Les Myosotis, de Guénange, l’établissement dans lequel enseigne leur coach, Jérémy. D’autres travaillent en Établissement et service d’aide par le travail (Esat), structure médico-sociale de travail protégée, réservée aux personnes en situation de handicap. La section foot est ouverte à tous, quel que soit l’âge.

« Mieux dans mon corps »

Sur le terrain, flanqué de son immuable sourire, leur fils, Rémy, 22 ans, atteint d’une maladie orpheline. « Il avait envie de faire du foot et c’était important pour qu’il puisse développer son potentiel musculaire, souligne la maman infirmière. Sauf que dans les clubs où nous sommes allés frapper, on nous répondait que ce n’était pas possible d’accueillir Rémy. Qu’il fallait un encadrement adapté. » Seule possibilité, la section de Freyming-Merlebach, que Rémy fréquentera dans un premier temps. Avant que ses parents, portés par Jérémy Walin, professeur spécialisé à l’IME Les Myosotis de Guénange, n’impulsent ce projet novateur. Le président du CS Veymerange, Marc Berardi, y sera immédiatement sensible. « Je ne trouvais pas normal, estime-t-il, de laisser ces jeunes de côté. »

« On a commencé avec un ballon et trois joueurs, se souvient Jérémy, dévoué corps et âme à ces gamins aux parcours sensibles, parfois chaotiques. « Au début, je me disais : « Mais où on va ? » » Le chemin, pourtant, est tout tracé: rendre possible ce plaisir libérateur que décrivent les coéquipiers d’Aïcha lorsque la balle file sous leurs pieds et que l’effort brûle la trachée. « Grâce au foot, confie Rémy de sa voix posée, je me sens mieux dans mon corps. Ça aide à déstresser parce que je me dépense. » « Ça fait du bien », abonde Arnaud, tandis que Paul, vice-capitaine, parle de « respect ». « Tu me donnes, je te donne, image Aïcha. C’est un échange. »

Du foot unifié.

« C’est extrêmement important
d’introduire ces jeunes dans
dans les milieux ordinaires
en associant des loisirs et des visites
à ces rencontres sportives »,
souligne Josiane Chebbah.

Les tournois de foot adapté se développent doucement en France et en Lorraine. L’équipe du CS Veymerange participe à une dizaine de rencontres chaque année. Ils se sont rendus à Saint-Etienne l’an passé, ou encore à Paris le week-end dernier. Le foot unifié fait lui aussi son apparition: à travers des rencontres et des tournois, les joueurs en situation de handicap s’associent et se confrontent à leurs homologues évoluant dans des équipes classiques. « C’est autant de bénéfices, – pour l’ensemble des joueurs, souffrant ou non d’un handicap –, pour l’intégration, la solidarité, l’humilité, l’ouverture », témoigne Jérémy Walin. L’an dernier, son équipe a pu partager une séance d’entraînement avec les jeunes du centre de formation du FC Metz. Une expérience que les jeunes gens ne sont pas prêts d’oublier.

La débrouille

Pas de régime de faveur pour l’équipe de foot adapté. Tout juste Jérémy adapte-t-il son entraînement et l’intensité des exercices, – au cas par cas –, en insistant sur les démonstrations. « Dans la mesure où ils sont atteints de troubles cognitifs, ils peuvent avoir un peu plus de mal à analyser l’info. Ils sont davantage dans le visuel alors je montre et ils refont. »

Tendre vers l’ordinaire, donc. En essayant d’impliquer encore davantage les parents. La réalité dépasse parfois l’ambition pour le noyau de bénévoles soudés. À 19h, une fois le matériel rangé, les jeunes footballeurs rentreront chez eux. La plupart avec Jérémy et Josiane, les chauffeurs improvisés. Tous deux embarquent ce petit monde dans leur voiture personnelle et dans le minibus gracieusement prêté par l’IME Les Myosotis. En mode débrouille.

Qu’importe la lassitude qui s’immisce certains soirs. L’enthousiasme de ces jeunes, souvent coupés des loisirs, donne des ailes. « Avec cette équipe, tout le plaisir est décuplé », souffle Jérémy, entraîneur, ami, un peu grand frère aussi. Celui qui discrètement, avance l’argent pour une sortie, achète une paire de chaussures et écoute, surtout. « Pour eux, on se démène et, comme eux, on donne tout. » Sans compter les heures ni lorgner le porte-monnaie. Ici, glisse le coach, la rémunération se fait en sourires. Cela suffit à nourrir les rêves. Celui, par exemple, de mener ses protégés dans des contrées lointaines à la faveur d’un tournoi. Et les faire rêver à leur tour.

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