Les pelouses synthétiques gagnent toute la Moselle. Les billes de caoutchouc (qui giclent sur la photo) simulent un terrain souple. Photo RL
Les pelouses synthétiques gagnent toute la Moselle. Les billes de caoutchouc (qui giclent sur la photo) simulent un terrain souple. Photo RL

Les terrains de sports synthétiques se multiplient en Moselle Nord. La plupart des villes investissent dans ces tapis qui permettent de jouer dans toutes les conditions… Analyse d’un phénomène.

« Un match de foot idéal, ça se joue un soir d’hiver sous la pluie. » Cette déclaration rageuse de Gattuso, joueur mythique du Milan AC, a visiblement du plomb dans l’aile. Fini les tacles glissants, la terre sur le short ou encore, cette odeur de foin coupé en été… Les footeux veulent des conditions optimales, ce qui arrange bien les élus locaux.

Le synthétique gagne du terrain, les coûts d’entretien baissent. Guénange (pionnier du synthé dès 1997) a inauguré son nouveau tapis mercredi. Marspich coupera le ruban dimanche. Thionville construit un synthétique flambant neuf pour le TFC, en ce moment… la liste est longue. L’engouement est tel qu’à partir de 2016, les rugbymen aussi passeront au gazon artificiel.

Bientôt le rugby…

La municipalité thionvilloise veut planifier les entraînements du Tygre sur un tapis neuf, qui se situerait sur l’actuel stade Jeanne-d’Arc. Du rugby sur du synthé ? « C ’est possible ! répond Olivier Rech, élu aux Sports à la municipalité. Moi aussi j’ai été surpris. Mais les brins d’herbes sont plus hauts, l’amorti plus souple (le rugby de Metz en possède un, NDLR). Le projet est piloté avec les dirigeants du Tygre qui approuvent la démarche. »

En réalité il y a du pour et du contre. Côté négatif, le ballon fuse sous la pluie, le synthétique brûle la peau (même si la technologie a progressé) et enfin, il a tendance à « casser les pâtes ». Côté positif, un argument infaillible: mieux vaut un bon synthé qu’un terrain vert mal entretenu. Or, assurer un « billard » est devenu trop lourd à porter pour les municipalités.

Guénange possède les deux surfaces et peut en témoigner. « Nous préservons le terrain honneur pour le dimanche, décrit Jean-Pierre La Vaullée, le maire. Tondre le gazon, mettre du sable, enlever les mauvaises herbes, installer un système d’arrosage, etc. Il faut voir ce que coûte un terrain naturel ! »

Entretien minimal

Pour le synthétique, il suffit de passer la machine râteau, histoire de repartir les billes de caoutchouc qui assurent la stabilité. « Parfois, il faut réalimenter le tapis avec des billes, précise Jean-Pierre La Vaullée, une opération peu onéreuse. » Les prix de construction des synthétiques, eux, varient. Thionville débourse 600 000 € pour le futur terrain du TFC (qui sera à Guentrange). Guénange a payé 489 000 € de rénovation. Yutz détient la palme avec un terrain dont les brins réagissent « comme du vrai gazon » à plus d’un million d’euros.

Les investissements sont vite amortis avec le turnover des équipes. Un terrain vert supporte difficilement plus de 10 h de sport par semaine. Un synthé permet d’enchaîner. L’interco des Trois frontières (secteur de Sierck-les-Bains) en sait quelque chose. Son terrain accueille les entraînements d’une dizaine de clubs et les matchs officiels d’au moins trois équipes. Inimaginable sur une « vraie » pelouse !

Jeune garde (Bersweiler, en haut) et vieux lion (Adami, toujours rugissant ! ) du CS Veymerange témoignent de leur expérience sur synthétique. Photo RL
Jeune garde (Bersweiler, en haut) et vieux lion (Adami, toujours rugissant ! ) du CS Veymerange témoignent de leur expérience sur synthétique. Photo RL

Gardiens: leur vie sur ces nouveaux terrains

Rentabilité, polyvalence… Les élus n’ont pas de mots trop beaux pour vanter les terrains synthétiques. Mais qu’en pensent les joueurs les plus exposés, à savoir les gardiens ? Nous avons interrogé les N° 1 de Veymerange !

Votre premier souvenir de gardiens de but sur synthétique ?

Didier Adami (gardien de l’équipe 3): « Il y a quinze ans, nous faisions les entraînements d’hiver dans des cages de hand, sur le béton d’une cour d’école… quand j’y repense, je trouve ça fou. Le synthétique a tout changé. Sauf neige abondante, on peut jouer ! Donc des bons souvenirs. »

Mickael Bersweiler (gardien de l’équipe 1): « C’est exactement ça. Cette révolution nous a permis de jouer par tous les temps. Avant tu faisais un entraînement sous la flotte, ton maillot était littéralement rempli de boue. Tu le mettais sous la douche une première fois et tu le lavais en arrivant à la maison ! (rires) »

Didier Adami: « Là on parle de nos entraînements, mais même en match officiel, les terrains étaient catastrophiques. C’était la surprise un dimanche sur deux. Débarquer sur un champ de patates, ça ne faisait pas plaisir… »

Avoir « les mains dans le cambouis » ne vous manque pas ?

Didier Adami: « Un vrai de match de foot se joue sur l’herbe, ok. Après j’ai 50 balais, et c’est grâce au synthétique que je peux durer. Sans ça, il ne me faudrait que des terrains verts parfaits ! »

Mickael Bersweiler: « Pareil, mon plus grand plaisir reste une belle pelouse. En déplacement à Saint-Avold ou à Metz, je me régale. Mais il faut être lucide, ces conditions optimales sont réservées aux divisions les plus hautes (en l’occurrence comme Veymerange, qui évolue dans la meilleure division régionale, Ndlr). »

Le synthétique change-t-il le jeu ?

Joffrey Gelebiowski (gardien de l’équipe 2): « Tu n’as plus l’excuse du faux rebond quand tu prends un but casquette… »

Didier Adami: « J’ai vu l’évolution des synthétiques. Les terrains de première génération étaient catastrophiques. Il s’agissait d’une pelouse rase, mêlant plastique et sable… Infernal. Les terrains modernes rattrapent ces défauts. Les billes de caoutchouc, enfoncées dans les brins, amortissent bien nos chocs. »

Mickael Bersweiler: « Quelques inconvénients demeurent. En été les synthétiques sont désagréables à pratiquer. La chaleur reste dans le tapis et brûle les pieds. Il y a cette odeur de plastique chaud qui te prend au nez… Il faut arroser comme un terrain vert sinon tu as les pieds en feu. »

Ludovic Delépine (directeur de l’académie des gardiens): « Le synthé oblige à investir dans des crampons spécifiques. On dit toujours aux parents: « pas de lamelles » (crampons larges), sinon le pied ne pivote pas et la cheville reste dans le tapis ! »

Ludovic Delépine, du CS Veymerange. Photo RL
Ludovic Delépine, du CS Veymerange. Photo RL

Quels impacts sur la santé ?

Tassement vertébral, affection des tendons, blessures: les conséquences du jeu sur synthétique sont en fait mal connues. Ludovic Delépine, directeur de l’académie des gardiens de Veymerange, participe à une étude sur les traumatismes des gardiens, en partenariat avec l’AS Nancy et l’université de Lorraine.

« L’étude ne vise pas que la question du synthétique, mais celle-ci en fait partie. Des chercheurs allemands ont mis en lumière un problème de tassement du dos plus fréquent sur le synthé. Il semblerait que les gardiens aient de meilleurs appuis sur de l’herbe. »

L’étude, conduite avec les professeurs Perrin, Kany et Boulangé, sera menée sous la forme de questionnaires à choix multiples. « Les résultats permettront de lancer des actions préventives avec des moyens innovants (thermalisme etc.) »

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